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Anonymat sur internet : peut-on tout se permettre sous pseudo ?

Discussion in 'Anonymous Pour la Liberté d'Expression' started by Orphée, Mar 17, 2012.

  1. Orphée Member

    Si l'anonymat sur internet garantit une liberté de ton et d'expression, il modifie clairement les modalités de la communication entre les individus en ligne. Du flaming au bashing en passant par le trolling, notre contributrice Anne-Sophie Faivre-Le Cadre s'interroge sur la responsabilité des locuteurs sur internet



    Dans sa chronique hebdomadaire au sein du "País semanal", l'écrivain espagnol Javier Marias étudiait récemment les liens ambigus qu'entretiennent anonymat et liberté d'expression, mettant en lumière les paradoxes de cette dernière dès lors qu'elle s'exerce sous un pseudonyme."Ils étaient masqués, écrit-il, ceux de l'ETA et les autres terroristes ; ils étaient masqués, les membres du Klu Klux Klan, surtout lorsqu'il s'agissait d'organiser une battue pour bastonner un noir, brûler sa maison ou le pendre à un arbre. Ils étaient masqués, les voleurs de grand chemin, et ces braqueurs qui utilisaient des bas résille pour se voiler la face [...] ce qui est surprenant, c'est que ces gens là, qui assurent se battre pour leurs libertés, sont fiers de leur couardise, du fait de se cacher et de se dérober".


    Cet article, intitulé "Anonimos y pseudonimos", a fait grand bruit en Espagne mais n'a pas traversé les Pyrénées. L'occasion de revenir sur une polémique vivace.


    L'anonymat sur internet : cet éternel objet de controverses

    L'ère informatique n'a pas été celle de l'invention de la polémique, ni de la controverse. Les premiers conflits d'opinion remontent aux racines de l'humanité, de la parole et de l'écriture : sans doute l'homme de cro-magnon argumentait-il déjà avec son voisin immédiat pour savoir si le mammouth qui allait orner leur grotte devait être fait d'ocre ou d'argile. Puis, peu après, est venue la politique, et avec elle les premiers clivages : qui voudrait établir l'inventaire des conflits relatifs à cette dernière dans l'histoire de l'humanité devrait vivre plusieurs siècles pour mener à bien sa tâche.

    La communication entre les hommes s'est faite sur des forums, des places publiques, des agora. Elle s'est dite dans le secret des maisons, dans le murmure des correspondances, dans l'ivresse des manifestations : mais toujours avec la caution d'un visage ou d'un nom, celui du destinataire de nos paroles.

    Internet a changé les normes anciennes de la communication. Les universitaires Kiesler, Siegel et Mc Guire, en 1984, ont fait de la communication numérique leur champ d'études, et en ont déduit que la relative absence d'éléments non-verbaux, tels que le ton de la voix, les mimiques ou la gestuelle accroissaient de fait des comportements désinhibés, agressifs et anti-normatifs. Tel citoyen affable et poli pourra donc se métamorphoser en goujat en puissance dès lors qu'il sera protégé par un pseudonyme, pseudonyme qui lui confère l'illusion d'une liberté de parole absolue... Et illusoire : en effet, internet n'est pas une zone de non-droit, et quiconque par lui verse dans la calomnie est passible de sanctions.
    Le nom, à la fois une arme et une faiblesse
    "Qu'y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom."



    Voilà les mots que mettait Shakespeare dans la bouche de Juliette. Le nom, dans notre société d'archivage et de mémoire, pouvant à tout moment se transformer en preuve à charge, rares sont désormais les blogueurs et commentateurs qui font usage de leur patronyme véritable pour publier leurs états d'âme. Grâce aux bons services des moteurs de recherche, qui, souvent, sont bien plus efficaces que n'importe quel service des renseignements généraux, le nom est devenu une arme, fort utilisé dans la guerre des débats.

    Les attaques ad nominem anonymes sur internet ont même fait l'objet d'un néologisme anglais, théorisé par les universitaires américains Freivogel et Hlavach : le flaming. Les plus grands adeptes de cette pratique sont les blogs ultra-catholiques ou d'extrême-droite, à l'instar du site "fdesouche", qui s'en était rendu maître, et dont le responsable a été mis en examen. Nous ne pouvons que nous interroger sur cette pratique obscure : le moindre des courages, lorsqu'on dénonce quelqu'un ou quelque chose, n'est-il pas de le faire en son nom ?

    Cette pratique est d'autant plus méprisable qu'elle ne s'inscrit pas dans une logique d'argumentation ou de dialectique, mais de menace et d'injure. À l'abri de leur confortable et lâche anonymat, les détracteurs anonymes d'une personne ou d'une cause entendent la décrédibiliser et lui faire perdre l'audience dont elle bénéficie, mais n'y parviennent jamais. Parce que leur argumentation se borne aux limites de leur raisonnement, souvent fort lacunaire et mesquin, d'abord. Mais aussi parce que la bêtise et la couardise de l'attaque anonyme ne dupe personne. Cette pratique est justifiée par ses auteurs au nom de la liberté d'expression. En soi, l'argument est vrai si "liberté d'expression" est synonyme de lâche, peureux, pleutre, poltron, froussard, dégonflé, couard, craintif, trouillard, pusillanime.

    Les cibles de cette pratique sont fort variées : Caroline Fourest, coupable d'être à la fois une femme belle et intelligente, une journaliste influente, une polémiste de talent et une écrivain engagée, en fait régulièrement les frais, ainsi que sa collègue Claire Checcaglini, auteure d'un récent livre sur les dessous du FN.

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  2. Orphée Member


    Internet, théâtre de toutes les impunités ?

    Fin mai 2010, le sénateur UMP Jean-Louis Masson avait enflammé la toile en déposant un projet de loi prônant la fin de l'anonymat des blogueurs, qui seraient sommés d'indiquer leurs coordonnées personnelles dans les mentions légales de leur site. La mesure semble excessive : imaginerait-on une personne en phase terminale d'un cancer se confier sur un blog où elle donnerait son adresse postale ?

    D'autant plus que sur internet, tout ne peut se dire. De nombreux faits divers démontrent tous les jours que telle parole dite sur la toile peut se traduire par un procès, aux conséquences parfois graves. Par exemple, en 2010, 3 salariés d'Alten qui avaient critiqué, en week-end et en privé, leur employé sur facebook se sont vus licenciés par leur entreprise. En 2009, Dominique Broueilh, mère de famille domiciliée à Saint-Paul-Lès-Dax, commet le suprême outrage : commenter d'un "hou la menteuse" ravageur une vidéo de Nadine Morano. Ni de une, ni de deux, la dangereuse délinquante reçoit une convocation de la brigade de répression de la délinquance contre la personne, et frôlera de peu la parution au tribunal.

    Inversement, une jeune blogueuse de l'Est de la France, Odile Roussel, a dupé ses amis virtuels pendant des années en se faisant passer pour une sportive de haut niveau atteinte d'une maladie incurable : Salomé Elisheva. Elle aura levé des fonds, fait organiser un "salométhon", trompé la sécurité sociale, aux frais de laquelle elle commandait des dizaines de médicaments pour ajouter plus de crédibilité à sa mise en scène. Il aura fallu trois ans afin que ses simulacres ne soient confondus à cause de son adresse IP.

    Les mots sans visage

    Malgré la transparence de l'identité de l'internaute aux yeux de la loi, la plupart des commentaires et réactions se font par le biais de pseudonymes, ce qui a donné lieu à un autre néologisme: le pseudonymat. Selon la thèse de Frank Mungeam, sur une base de 500 commentaires, 61% émanent d'une personne utilisant un pseudonyme, 35 % sont anonymes et seulement 4% sont signés du patronyme réel de leur auteur.

    Paradoxalement, l'anonymat est bien plus utilisé dans des pays démocratiques, où la liberté d'expression est acquise, que dans des pays ou elle n'est qu'une idée. Dans la Venise du moyen-âge, les palais des Doges était déjà strié de boîtes aux lettres destinées à recueillir des dénonciations anonymes. Dans des temps plus récents, sous Vichy, l'anonymat servait à assouvir les bas desseins de délateurs en mal de vengeance. De nos jours, il est devenu généralité. Est-ce un bien, ou un mal ? Est-ce une avancé considérable prise sur nos libertés, ou bien une aliénation de celles-ci ?

    S'il est encore trop tôt pour tirer les conclusions de cette évolution majeure de la communication, nous pouvons néanmoins être certains que l'anonymat s'est profondément enraciné dans notre culture, comme nous avons pu le voir récemment avec la montée en puissance du collectif des Anonymous, (presque) unanimement porté aux nues


    Source: http://leplus.nouvelobs.com/contrib...et-peut-on-tout-se-permettre-sous-pseudo.html
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  3. Roger.Guy Member

    Mon parrain:) l'avait donné son identité en Août 2011 puisqu'il était tracé depuis 2007 par des malfaisants.
    C'était pas pour faire un acte remarquable, c'était que pour tout le monde ai le même avantage.

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